Chili : une résolution du SAG menace les semences paysannes — la pétition qui monte
En France, le débat sur les graines se joue surtout dans les grainothèques et les bourses d’échange entre jardiniers amateurs. Au Chili, il se joue en ce moment sur un terrain beaucoup plus tendu : celui d’une résolution administrative qui pourrait, selon ses opposants, criminaliser une pratique agricole vieille de plusieurs millénaires.
Ce que propose le SAG
Le Servicio Agrícola y Ganadero (SAG), l’organisme public chilien chargé des semences, a ouvert le 8 juin 2026 une consultation publique sur un projet de résolution encadrant la commercialisation de la « semilla corriente » — la semence standard, ni certifiée ni inscrite au registre officiel. Cette consultation reste ouverte jusqu’au 10 août 2026.
Le texte interdirait la commercialisation de toute semence non inscrite sur la Liste des Variétés Officiellement Décrites (LVOD), ce qui invaliderait leur libre circulation sur les marchés locaux, dans les foires ou même lors des échanges traditionnels entre agriculteurs. Concrètement, un maraîcher ou un petit producteur qui vend ou échange sans l’avoir enregistrée une semence transmise depuis des générations s’exposerait à des amendes et à des saisies.
Le mouvement de défense de la semence dénonce aussi un déséquilibre frappant : au même moment, le SAG donnerait le feu vert aux semences génétiquement modifiées par édition génique — assimilées à de l’amélioration variétale conventionnelle — sans évaluation de risque, sans zone d’exclusion, sans traçabilité ni étiquetage. Autrement dit : des exigences maximales pour la graine paysanne, quasi nulles pour la graine de laboratoire.
Le 10 juillet 2026, une déclaration publique de la CLOC – Via Campesina Chile, signée par de nombreuses organisations paysannes et indigènes, a exprimé son rejet du projet, y voyant un facteur supplémentaire de marginalisation de l’agriculture familiale.
Une « consultation » qui ne convainc pas tout le monde
C’est là que le bât blesse pour beaucoup d’observateurs : cette consultation publique est une procédure interne au SAG, qui ne passe pas par le Congrès ni par la Contraloría (l’organe de contrôle de la légalité administrative). Le mouvement social qui s’y oppose la juge trompeuse à double titre : elle donne l’apparence d’une démocratie participative sans offrir de réel pouvoir de blocage, et elle permettrait de faire entrer par la petite porte administrative des restrictions que le Congrès n’a jamais votées — notamment celles issues de la convention internationale UPOV 91, liée au traité de libre-échange TPP11.
Ce n’est pas une première : en 2024 déjà, une résolution similaire avait été retirée par le gouvernement Boric après une mobilisation citoyenne massive.
La pétition Semilla Soberana Chile
Face à cette consultation jugée insuffisante, le collectif Semilla Soberana Chile a lancé le 7 juillet 2026 une pétition sur Change.org, intitulée « Detengamos la privatización de semillas en Chile » (« Arrêtons la privatisation des semences au Chili »). Elle a déjà rassemblé plus de 15 000 signatures.
La pétition est adressée directement au Directeur national du SAG, au ministre de l’Agriculture et aux parlementaires chiliens, avec deux demandes précises :
- au SAG et au ministère : la nullité immédiate du projet de résolution, au motif qu’il violerait des engagements internationaux protégeant les droits paysans et indigènes (la Déclaration de l’ONU sur les droits des paysans — UNDROP — et la Convention 169 de l’OIT) ;
- aux sénateurs et députés : qu’ils exercent leur rôle de contrôle et légifèrent activement pour protéger les semences libres et ancestrales comme patrimoine inaliénable.
L’argumentaire s’appuie notamment sur le précédent colombien : promulguée en 2010 comme condition du traité de libre-échange avec les États-Unis, la Résolution 9.70 a conduit, en 2011, des inspecteurs de l’ICA à saisir puis détruire 70 tonnes de riz conservées comme semences par des agriculteurs de Campoalegre (Huila) — un épisode révélé au grand public par le documentaire 9.70 de Victoria Solano (2013), et que les signataires chiliens redoutent de voir se reproduire.
👉 Signer la pétition : change.org/p/detengamos-la-privatización-de-semillas-en-chile
La pétition cite aussi l’exemple français pour appuyer sa démonstration, en affirmant que la France aurait appliqué pendant vingt ans des réglementations industrielles strictes excluant les variétés traditionnelles, causant perte de biodiversité et dépendance totale aux entreprises chimiques — et que le mouvement social français lutterait aujourd’hui pour « revenir en arrière ».
Ce tableau mérite d’être nuancé pour un lectorat franco-chilien bien informé. Il est vrai que côté professionnel, le Catalogue Officiel des espèces et variétés (qui existe depuis 1932) et la loi de 2011 sur les certificats d’obtention végétale ont longtemps enfermé les agriculteurs dans un cadre contraignant, limitant la ressème et l’échange des variétés protégées.
Mais côté jardiniers amateurs et associatif — le terrain sur lequel se joue justement l’essentiel du débat chilien actuel — la France a pris ces dernières années le chemin inverse : la loi du 10 juin 2020 a explicitement autorisé la cession, la vente et le don de semences de variétés non inscrites au Catalogue Officiel aux utilisateurs non professionnels. Résultat : plus de 500 grainothèques fonctionnent aujourd’hui dans les médiathèques françaises, et le Réseau Semences Paysannes organise plus de 80 bourses aux graines par an.
Autrement dit, la France n’est pas un contre-exemple à éviter mais plutôt une trajectoire à deux vitesses : un cadre encore rigide pour l’agriculture professionnelle, une libéralisation réelle et récente pour les amateurs et les associations. C’est peut-être même un argument que le mouvement chilien pourrait retourner à son avantage : montrer qu’ailleurs, la mobilisation citoyenne a fini par faire plier la loi.
Pourquoi ça concerne aussi les lecteurs de France-Chili
Ce dossier touche à la fois à la souveraineté alimentaire, à la biodiversité agricole et à la manière dont un État peut, ou non, faire évoluer des règles techniques sans passer par le débat parlementaire — un sujet qui résonne autant à Santiago qu’à Paris. Nous continuerons à suivre l’évolution de la consultation du SAG jusqu’à son échéance du 10 août, et son éventuel passage devant le Congrès.
Sources : Le Monde Diplomatique édition chilienne, Pressenza, Rebelión, El Clarín de Chile, El Mercurio Digital, Change.org, Ministère de l’Agriculture (agriculture.gouv.fr).
Video explicativo en la cuenta instagram en la Ruta de Oscar
Video explicativo en la cuenta instagram de Danae Castenon
Chile: una resolución del SAG amenaza las semillas campesinas — la petición que crece
En Francia, el debate sobre las semillas se juega sobre todo en las grainothèques (semillotecas) y en las bolsas de intercambio entre jardineros aficionados. En Chile, se juega ahora mismo en un terreno mucho más tenso: el de una resolución administrativa que, según sus opositores, podría criminalizar una práctica agrícola de varios milenios de antigüedad.
Lo que propone el SAG
El Servicio Agrícola y Ganadero (SAG), el organismo público chileno encargado de las semillas, abrió el 8 de junio de 2026 una consulta pública sobre un proyecto de resolución que regula la comercialización de la “semilla corriente” —la semilla estándar, ni certificada ni inscrita en el registro oficial. Esta consulta permanece abierta hasta el 10 de agosto de 2026.
El texto prohibiría la comercialización de toda semilla no inscrita en la Lista de Variedades Oficialmente Descritas (LVOD), lo cual invalidaría su libre circulación en los mercados locales, en las ferias o incluso en los intercambios tradicionales entre agricultores. En concreto, un huertero o pequeño productor que venda o intercambie sin haberla registrado una semilla transmitida durante generaciones quedaría expuesto a multas y decomisos.
El movimiento de defensa de la semilla denuncia además un desequilibrio llamativo: al mismo tiempo, el SAG daría luz verde a las semillas modificadas genéticamente mediante edición génica —equiparada al mejoramiento varietal convencional— sin evaluación de riesgo, sin zonas de exclusión, sin trazabilidad ni etiquetado. Dicho de otro modo: exigencias máximas para la semilla campesina, casi nulas para la semilla de laboratorio.
El 10 de julio de 2026, una declaración pública de la CLOC – Vía Campesina Chile, firmada por numerosas organizaciones campesinas e indígenas, expresó su rechazo al proyecto, viendo en él un factor adicional de marginación de la agricultura familiar.
Una “consulta” que no convence a todos
Ahí está el punto que más molesta a muchos observadores: esta consulta pública es un procedimiento interno del SAG, que no pasa ni por el Congreso ni por la Contraloría (el órgano de control de la legalidad administrativa). El movimiento social que se opone la considera engañosa por partida doble: da la apariencia de una democracia participativa sin ofrecer un poder real de bloqueo, y permitiría hacer entrar por la puerta trasera administrativa restricciones que el Congreso nunca votó —en particular las derivadas de la convención internacional UPOV 91, vinculada al tratado de libre comercio TPP11.
No es la primera vez: ya en 2024, una resolución similar fue retirada por el gobierno de Boric tras una movilización ciudadana masiva.
La petición Semilla Soberana Chile
Frente a esta consulta considerada insuficiente, el colectivo Semilla Soberana Chile lanzó el 7 de julio de 2026 una petición en Change.org, titulada “Detengamos la privatización de semillas en Chile”. Ya ha reunido más de 15.000 firmas.
La petición está dirigida directamente al Director Nacional del SAG, al Ministro de Agricultura y a los parlamentarios chilenos, con dos exigencias precisas:
- al SAG y al ministerio: la nulidad inmediata del proyecto de resolución, por considerar que vulneraría compromisos internacionales que protegen los derechos campesinos e indígenas (la Declaración de la ONU sobre los Derechos de los Campesinos —UNDROP— y el Convenio 169 de la OIT);
- a senadores y diputados: que ejerzan su rol fiscalizador y legislen activamente para proteger las semillas libres y ancestrales como patrimonio inalienable.
El argumento se apoya especialmente en el precedente colombiano: promulgada en 2010 como condición del tratado de libre comercio con Estados Unidos, la Resolución 9.70 llevó, en 2011, a que inspectores del ICA decomisaran y luego destruyeran 70 toneladas de arroz conservadas como semilla por agricultores de Campoalegre (Huila) —un episodio revelado al público por el documental 9.70 de Victoria Solano (2013), y que los firmantes chilenos temen ver repetido.
👉 Firmar la petición: change.org/p/detengamos-la-privatización-de-semillas-en-chile
Una situación en Francia, que conviene matizar
La petición cita también el ejemplo francés para reforzar su argumento, afirmando que Francia habría aplicado durante veinte años regulaciones industriales estrictas que excluyeron las variedades tradicionales, causando pérdida de biodiversidad y una dependencia total de las empresas químicas —y que el movimiento social francés estaría luchando hoy por “revertir” estas medidas.
Este cuadro merece ser matizado para un público franco-chileno bien informado. Es cierto que, del lado profesional, el Catálogo Oficial de especies y variedades (vigente desde 1932) y la ley de 2011 sobre certificados de obtención vegetal encerraron durante mucho tiempo a los agricultores en un marco restrictivo, limitando la resiembra y el intercambio de variedades protegidas.
Pero del lado de los jardineros aficionados y del mundo asociativo —precisamente el terreno donde se juega gran parte del debate chileno actual— Francia ha tomado en los últimos años el camino contrario: la ley del 10 de junio de 2020 autorizó explícitamente la cesión, venta y donación de semillas de variedades no inscritas en el Catálogo Oficial a usuarios no profesionales. Resultado: hoy funcionan más de 500 grainothèques en las mediatecas francesas, y la Red de Semillas Campesinas (Réseau Semences Paysannes) organiza más de 80 ferias de intercambio de semillas al año.
En otras palabras, Francia no es un contraejemplo a evitar, sino más bien una trayectoria de dos velocidades: un marco todavía rígido para la agricultura profesional, y una liberalización real y reciente para los aficionados y las asociaciones. Quizás sea incluso un argumento que el movimiento chileno podría usar a su favor: mostrar que, en otros lugares, la movilización ciudadana terminó por doblegar la ley.
Por qué esto también concierne a los lectores de France-Chili
Este tema toca a la vez la soberanía alimentaria, la biodiversidad agrícola y la manera en que un Estado puede, o no, modificar normas técnicas sin pasar por el debate parlamentario —un asunto que resuena tanto en Santiago como en París. Seguiremos de cerca la evolución de la consulta del SAG hasta su vencimiento el 10 de agosto, y su eventual paso por el Congreso.
Fuentes: Le Monde Diplomatique edición chilena, Pressenza, Rebelión, El Clarín de Chile, El Mercurio Digital, Change.org, Ministerio de Agricultura de Francia (agriculture.gouv.fr).








